Et si nous mangions autrement ?


Publié le Lundi 16 Octobre 2017

Et si nous mangions autrement ?

Nul n’en doute, et pourtant, instituée en 1945 par l’ONU, la journée mondiale de l’alimentation, ce 16 octobre, a pour objet de nous sensibiliser à la faim dans le monde. Il y a lieu de permettre l’accessibilité à tout un chacun à une alimentation variée. Voici l’opportunité de réfléchir sur notre comportement alimentaire, nos achats, et de nous impliquer dans la lutte contre le gaspillage alimentaire.

Certes, nous pourrions choisir de fermer les yeux et considérer que cela n’est pas notre problème.

Et pourtant, chacun de nous, individu et collectivité, pouvons apporter une pierre à l’édifice.

Et comment me direz-vous ? En luttant contre le gaspillage alimentaire direct (impliquant notre assiette) et indirect (impliquant nos achats).

La culture agricole comme l’élevage nécessite l’exploitation des ressources mondiales (eau, terrain…).  Aussi, une meilleure gestion de notre consommation peut avoir une répercussion indirecte sur le respect de ces ressources.

Est-ce que la dernière fois que vous avez jeté un aliment ou une préparation « oubliée » dans le fond du frigo, une pensée vous a effleuré que nous pourrions résumer par « Zut, j’ai oublié » ?

Comment, à l’échelle individuelle, pouvons-nous lutter contre le gaspillage ?

A la maison ?

Chaque individu peut avoir une conduite alimentaire responsable, respectueuse de ses propres besoins mais aussi des ressources de l’environnement.

  • En réduisant le gaspillage alimentaire de nos assiettes, voici quelques idées :
    • Réaliser en famille un menu hebdomadaire. Y intégrer une fois par semaine un repas « vide frigo » ou « réaménagement des restes ».
    • Diminuer notre consommation de viande hebdomadaire en s’éveillant, pourquoi pas, aux repas végétariens une à deux fois par semaine.
    • Faire nos courses en fonction d’une liste de courses élaborée à partir du menu et du contenu du congélateur et du frigo (éviter de les surcharger).
    • Acheter local présente de nombreux avantages notamment celui de réduire le « gaspillage financier » lié aux intermédiaires et soutenir l’économie locale.
    • Les achats en grande quantité (supérieurs donc aux besoins immédiats du foyer) peuvent être réalisés s’ils peuvent être portionnés et conservés en s’assurant qu’ils seront consommés (et non jetés).
    • Connaître le grammage moyen d’une consommation alimentaire adaptée à votre famille.
    • Cuisiner les portions adaptées au foyer ou congeler le plus rapidement possible les portions supplémentaires.
    • Réaménager les restes en respectant à tout moment la qualité bactériologique des aliments.
  • Exemples d’utilisation des restes :
    • De légumes : Recettes d’un pot au feu ou de soupe
    • De pain sec :  pudding ou pain perdu
    • Des fruits : salade de fruits, compote fraîche ou à congeler, fruits au four, au sirop.
    • Des carcasses de fruits de mer pour réaliser un bouillon de poisson
  • Examiner deux fois par semaine le frigo afin d’éviter d’y oublier un aliment ou une préparation et vérifier les dates de péremption.
  • Vérifier, lors de l’achat, les dates de péremption les plus adaptées à votre consommation selon le moment de consommation estimée.
  • Adapter la quantité servie dans l’assiette en interrogeant le convive sur l’intensité de la faim ressentie à ce moment-là, tout en laissant la liberté à chacun de se servir à nouveau si le rassasiement n’est pas atteint.
  • Cela permet également d’éviter d’avoir les yeux plus gros que le ventre en étant surpris par la sensation de rassasiement arrivé à la moitié de notre assiette.
  • Au restaurant, choisir le nombre de plats adapté à l’appétit de chaque convive. Si notre conjoint a plus faim que nous, nous pouvons choisir de partager ce moment de convivialité en choisissant deux entrées (en entrée et en plat). Reprendre les restes est aussi maintenant rentré dans nos mœurs, le restaurateur préférant également cela plutôt que de jeter directement ce que vous laissez.
  • Prendre le temps de s’organiser permet de mieux connaître les besoins moyens du foyer. Chacun peut alors respecter ses sensations alimentaires individuelles régulatrices de la prise alimentaire normale (c’est à dire, manger ce dont on a besoin physiquement et psychologiquement). L’objectif n’est bien entendu pas de se forcer à manger l’entièreté de son assiette si on n’en ressent aucun plaisir, « juste pour ne pas jeter ».
  • Si vous êtes contraints de jeter des aliments, n’oubliez pas de composter vos déchets. Cela permet de les valoriser de manière écologique et économique. La présence d’animaux domestiques peut également vous aider à réduire le gaspillage : en dernier recours, vous pouvez leur donner vos restes à manger.

Au CHR Mons-Hainaut ?

  • En tant que patient, il est opportun de communiquer au personnel soignant ses goûts et ses dégoûts le plus tôt possible.  Par ailleurs, une adaptation des quantités servies peut se calquer à votre appétit.
  • Nous encourageons nos patients à s’exprimer sur leurs habitudes alimentaires afin que nous puissions au mieux adapter leur menu. En effet, il est indispensable que le patient mange suffisamment même à l’hôpital pour couvrir ses besoins protéino-énergétiques. La lutte contre la dénutrition est une priorité   
  • En tant que soignant, une gestion en bon père de famille permettra d’éviter le gaspillage. En effet, tout aliment quittant la chambre est jeté. C’est pourquoi, le personnel retire les desserts, collations ou complément du plateau et encourage le patient à le prendre un peu plus tard.
  • Toute réadaptation de goût peut se faire de façon plus précise lors d’un échange détaillé avec la diététicienne nutritionniste de l’institution.

Dans notre société, basée sur la surconsommation (augmentation des portions), il y a lieu d’évoluer également vers le « mieux manger ».  

Manger répond à un besoin tant physiologique que psychologique. Ces besoins sont d’ailleurs auto-régulés par notre corps de façon spontanée lorsque le comportement alimentaire est sain.  En effet,  si vous observez le comportement spontané d’un jeune enfant de croissance normale, il écoute instinctivement cette régulation :

  • Il a faim, il mange.
  • Il n’a plus faim, il stoppe.
  • Il a envie d’un aliment, il le mange si cela lui fait plaisir, en s’arrêtant le rassasiement atteint (impliquant la satisfaction physique et psychologique) !

Encourager au respect des sensations alimentaires individuelles régulatrices de la prise alimentaire normale (faim, satiété, rassasiement, …) chez le sujet sain est nécessaire pour permettre à l’individu de maintenir au long terme un comportement alimentaire sain et de manger en fonction de ses besoins (ni trop, ni trop peu).

Aussi, certaines injonctions telles que

  • « finis ton assiette »
  • « goûte, il est 4 heures, même si tu n’as pas faim »
  • « tu ne vas quand même pas laisser dans ton assiette deux bouchées ! Force toi ! »
  • « il faut…je dois... »
  • ainsi que la stigmatisation de certains aliments  « finis d’abord toute ton assiette et tu auras alors ton dessert »

peuvent éloigner la personne du respect de ses propres sensations alimentaires, pourtant instinctives et régulatrices du besoin.

Les messages nutritionnels les plus fréquemment diffusés sont très directifs (il faut manger ceci, cela, autant de fois par jour, tel aliment est meilleur qu’un autre). Rares sont ceux qui encouragent à manger en pleine conscience, avec calme et attention tout en étant à l’écoute de ses propres sensations alimentaires.

Aussi, lorsque l’alimentation spontanée est « dysrégulée »  par des croyances erronées ou une pathologie, un travail avec un diététicien nutritionniste peut alors accompagner une personne à s’auto-réguler.

En conclusion, toutes ces démarches, certes dignes de bon sens, ont parfois tendance à être oubliée dans la société de surconsommation basée sur le consumérisme.

Bien manger, mieux manger, cela se passe dans l’assiette mais aussi autour de l’assiette !

C’est pourquoi, une journée, comme celle d’aujourd’hui, nous permet de faire une petite piqûre de rappel.

Laurence DIEU
Responsable du Service Diététique
CHR Mons-Hainaut

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