L’hypnose médicale : rendre le patient acteur de sa propre santé


Publié le Lundi 13 Février 2017

L’hypnose médicale : rendre le patient acteur de sa propre santé

Depuis novembre 2016, une consultation d’hypnose médicale est disponible sur le site Saint-Joseph du CHR Mons-Hainaut. Les Docteurs Marie-Jeanne Jacob (chef de service, Unité de Soins Palliatifs) et Ariane Bertholet (service d’Anesthésiologie) pratiquent cette discipline depuis plusieurs années et accompagnent des patients aux profils et pathologies très variés. Elles nous présentent l’hypnose médicale et les spécificités de cette discipline parfois méconnue du public mais également au sein des institutions de soins.

Qu’est-ce que l’hypnose médicale ?

Dr Ariane Bertholet : L’hypnose médicale est l’activation de la conscience. C’est un processus qui permet à tout un chacun d’activer des mécanismes inconscients et de redécouvrir ses propres ressources pour faire face à un problème.

Dr Marie-Jeanne Jacob : Quand on rencontre certains soucis de santé, il s’avère que l’on est tellement enfermé dans nos apprentissages, dans les cadres imposés, que l’on perd certaines facultés à trouver une solution pouvant débloquer une situation qui semble sans issue. Grâce à l’hypnose, le patient va activer certaines parties de son cerveau. Cela a été démontré de manière scientifique par l’IRM fonctionnelle. Certaines zones s’activent différemment lorsque l’on est dans un état dit « d’hypnose » ou « d’activation de la conscience » par rapport à l’état « d’éveil simple » ou de sommeil. Dans cet état d’hypnose, il semble que l’on puisse remettre en lien des choses que l’on a apprises mais que la mémoire a enfoui depuis des années. Cela permet d’ouvrir des champs pour appréhender autrement le problème rencontré.

Dr A. Bertholet : Je pense que l’hypnose permet également de remettre le patient au centre des préoccupations et de le recentrer sur ce qu’il est, sur ce qu’il peut devenir et sur ce qu’il a été. Le patient est pris en charge et considéré dans son unité.

L’hypnose touche donc à l’inconscient…

Dr MJ. Jacob : Oui, tout à fait. D’ailleurs, quelqu’un qui sort d’une séance d’hypnose ne va pas ressentir les effets immédiatement mais plutôt dans la durée.

L’hypnose est-elle un complément de la médecine traditionnelle ?

Dr MJ. Jacob : Oui c’est une thérapie complémentaire. Le Docteur Bertholet et moi-même sommes des médecins traditionnels chacune dans notre spécialité. Nous défendons la médecine traditionnelle. Cependant, nous nous sommes rendu compte que certaines méthodes dites « plus douces » comme l’hypnose permettent d’améliorer les traitements médicaux. Nous pratiquons l’hypnose dans le champ de nos compétences.

Quels types de pathologies peut-on traiter avec l’hypnose ?

Dr A. Bertholet : L’hypnose peut, par exemple, permettre d’atténuer les douleurs chroniques. Il s’agit d’une médecine réadaptative qui a pour but de repenser et reconsidérer son comportement par rapport à un comportement problématique. Par exemple, dans le domaine des troubles du comportement alimentaire, on va modifier un comportement qui n’était plus adéquat. On travaille également sur le sevrage du tabac avec l’hypnose. Cela ne veut pas dire que le patient arrête de fumer à la sortie de la séance mais on active un mécanisme qui va lui permettre d’arrêter de fumer.

Dr MJ. Jacob : Les différents symptômes que l’hypnose va pouvoir traiter sont : la douleur chronique, les troubles respiratoires chroniques, l’angoisse et l’anxiété par rapport à la maladie chronique, le stress en rapport à des événements précis (examen, épreuve scolaire, opération, rencontre sportive…), les addictions hors drogues dures (alcool, tabac, troubles alimentaires) et la gestion du stress en général.

Quel est le profil des patients qui peuvent demander une consultation d’hypnose médicale ?

Dr MJ. Jacob : Nous recevons toute personne qui sollicite une consultation.

Dr A. Bertholet : A l’opposé, si nous constatons qu’un médecin spécialiste doit impérativement être vu, nous redirigerons le patient. Cela, nous l’apprécions grâce à notre expertise de médecins.

Comment se passent les séances d’hypnose ?

Dr MJ. Jacob : C’est un peu comme un menu à la carte en fonction du patient. En général on réalise une première consultation durant laquelle on fait un debriefing, on détermine la demande réelle du patient. Ensuite, nous expliquons en détail comment les séances se passent. Ce sont des outils que nous allons lui mettre à disposition. Une seconde séance est nécessaire pour l’approfondissement de la problématique. Souvent, le patient demande une troisième séance qui sera en général la dernière. Le patient peut éventuellement nous recontacter par la suite. J’ai, par exemple, suivi une jeune sportive qui revient pour une séance d’hypnose quand elle a une compétition. Durant les séances, le patient apprend également les bonnes conditions pour se mettre en hypnose. Par après, il peut se mettre en état d’autohypnose seul, sans l’aide d’un thérapeute.

Ce sont donc des outils que le patient apprend…

Dr MJ. Jacob : Oui, cependant, on ne peut pas apprendre l’autohypnose sans passer par l’hypnose médicale accompagné d’un thérapeute.

Dr A. Bertholet : De mon côté, je propose au patient de trois à cinq séances et je lui donne des tâches réaliser. Enfin, je vérifie que le patient est prêt pour l’autohypnose. Ces consultations sont un échange. De plus, les demandes du patient peuvent être multiples. Nous devons les prendre une à une et s’occuper de chaque problème de manière isolée.

Dr MJ. Jacob : C’est à ça que sert la première séance. Elle permet de dégager le problème réel du patient. On lui demande un travail sur lui-même. Il n’est pas passif, assis dans un fauteuil.

Dr A. Bertholet : Le patient est l’acteur de sa guérison. 

Dans la culture populaire, l’hypnose peut avoir l’image d’une manipulation de l’inconscient par un individu et de mise dans un état second d’une personne. Dans les médias, à la télévision par exemple, l’hypnose est souvent utilisée pour divertir… Qu’en pensez-vous ?

Dr MJ. Jacob : Nous pratiquons exactement l’opposé. Ces charlatans utilisent des techniques similaires aux nôtres. Les personnes qui sont mises sous hypnose n’ont aucun suivi, on ne montre jamais ce qui se passe après pour elles. Il n’y a aucun intérêt à ces pratiques pour le patient excepté divertir le public et faire de l’argent. De plus, la plupart du temps c’est truqué.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à l’hypnose ?

Dr A. Bertholet : L’hypnose peut permettre de soulager un patient quand la médecine traditionnelle ne peut plus rien pour lui. J’ai eu la chance de réaliser ma formation à Liège avec la Professeure Marie-Elizabeth Faymonville qui est une pionnière internationale en matière d’hypnose médicale.

Dr MJ. Jacob : J’ai réalisé ma formation à l’institut Ericksonien de Liège et également avec le Pr Faymonville. De mon côté, j’ai été intéressée par les effets que pouvait avoir l’hypnose sur la douleur notamment dans les soins palliatifs. Nous sommes toutes deux formées aux meilleures écoles d’hypnose qui sont réservées aux personnes qui ont déjà un diplôme de soignant ou de médecin. Il faut avoir des connaissances médicales de base pour pratiquer l’hypnose médicale.

Comment expliquez-vous l’engouement actuel autour de la médecine alternative comme l’acupuncture, le Mindfulness ou encore l’hypnose ?

Dr A. Bertholet : Je pense que ces médecines alternatives recentrent le patient au cœur de son traitement. Avec l’hypnose, le patient est entendu, écouté et compris.

Dr MJ. Jacob : Ces dernières années, la médecine est devenue très scientifique et très pointue. Nous avons fait d’énormes progrès dans le domaine de l’imagerie médicale, dans les techniques en chirurgie cardiaque ou encore orthopédique. On a approché de très près la gestion de la douleur avec la renaissance de la morphine via les soins palliatifs. Néanmoins, on a sectorisé la médecine et divisé le patient et sa prise en charge en fonction de ses organes. L’hypnose est une médecine complémentaire qui va, à côté de ces techniques performantes, réunifier le patient par rapport à son problème de santé. L’hypnose peut rendre le patient acteur de sa propre santé.

Prise de rendez-vous/Informations
Tél : +32 (0) 65 38 58 88
Consultations :
le mardi de 16h00 à 18h00,
Docteur Marie-Jeanne Jacob
le samedi de 10h15 à 12h15, Docteur Ariane Bertholet
Où ? site Saint-Joseph (route 150).
Prix : 50€ par consultation avec remboursement partiel par la mutuelle
Renseignements : mariejeanne.jacob@chrmh.be et ariane.bertholet@chrmh.be
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