SMUR : toujours prêts à intervenir


Publié le Jeudi 10 Novembre 2016

SMUR : toujours prêts à intervenir 

En Belgique, le service SMUR (Service Mobile d’Urgence et de Réanimation) est un service d’urgence hospitalier destiné à apporter les soins d’aide médicale urgente en dehors de l’hôpital. Les équipes SMUR sont composées d’un véhicule d’intervention médicalisé (VIM) et d’une ambulance (pompiers ou Croix-rouge) agréée AMU (Aide Médicale Urgente ou 112). Un médecin et un infirmier sont toujours présents dans une équipe SMUR.

C’est dans les années 80’ que sont apparus les premiers véhicules légers d’intervention transportant à leur bord une équipe médicale.

Les véhicules d’intervention médicalisés transportent un médecin urgentiste et un infirmier SIAMU qui a réalisé une quatrième année de spécialisation en soins intensifs et aide médicale urgente. Un chauffeur ambulancier vient compléter l’équipe. Le véhicule d’intervention médicalisé ne transporte pas de patient mais amène l’équipe médicale à son chevet. Si l’état du patient nécessite un transport vers l’hôpital, il sera pris en charge dans l’ambulance dans laquelle montera l’équipe médicale.

Au niveau télécommunication, chaque véhicule est pourvu de deux radios du système A.S.T.R.ID. (opérateur de télécommunication dédié à tous les services de secours et de sécurité), l’une fixe et l’autre portable, et d’un gsm. Cela permet de garder un contact permanent avec les centrales 112, l’hôpital et les autres intervenants.

Les SMUR belges dépendent du service public fédéral Santé publique et ne partent en mission que sur ordre d’une des centrales provinciales d’appel 112. L’équipe SMUR peut également être envoyée en renfort d’une ambulance lorsque la présence d’un médecin et d’un infirmier est nécessaire. Dans les cas de grandes catastrophes, les secours peuvent être renforcés par l’appui d’hélicoptères de l’armée belge (Sea King et Augusta).

En Belgique, le SPF Santé publique a agréé certains hôpitaux comme étant des hôpitaux « 100 ». Dans le Hainaut ces hôpitaux sont : le CHR Mons-Hainaut, le CHU Ambroise Paré, Epicura, la Clinique Notre Dame de Grâce, les Centres Hospitaliers Jolimont, le CHU de Charleroi, le Centre de Santé des Fagnes, le CHU Tivoli, le CHR Haute-Senne, le Chwapi, le Grand Hôpital de Charleroi et le Centre Hospitalier de Mouscron.

L’asbl Chambord assure la coordination SMUR entre les hôpitaux de la région Mons-Borinage. On compte environ 4.500 interventions par an. Dans la région de Mons et du Borinage, les différents hôpitaux se partagent les gardes SMUR. Le site Saint-Joseph (968 interventions en 2015) assure le SMUR une semaine sur deux et le site Warquignies (855 interventions en 2015), une semaine sur cinq.

Le véhicule d’intervention médicalisé transporte tout le matériel nécessaire à une intervention urgente : médicaments (adrenaline, morphine, valium…), réanimation (défibrillateur, intubation…), matériel stérile, etc… Le chauffeur-ambulancier entretient le véhicule et réapprovisionne le matériel après chaque intervention.

Lors d’une intervention, l’ambulancier est un soutien pour l’équipe médicale mais ne pose pas d’actes spécifiques comme l’injection de médicaments réservée au médecin et à l’infirmier. C’est le RINSIS qui décide d’envoyer une équipe SMUR. Il s’agit d’un centre d’appel d’urgence pour les demandes de secours. Le RINSIS de Mons est chargé de répondre à toutes les demandes de détresse provenant de la Province de Hainaut via le numéro d’appel 100 et 112. En fonction de la nature de l’intervention, l’opérateur décide d’envoyer une ambulance seule qui transporte deux ambulanciers, ou accompagnée d’une équipe SMUR. Le RINSIS peut également décider d’envoyer une équipe SMUR si l’intervention est plus grave que prévue.

En général, le patient est ensuite emmené dans l’hôpital de la zone dans lequel il est suivi sauf pour les cas nécessitant des soins spécifiques (grand brûlé, réanimation pédiatrique…) ou si l’hôpital n’a plus de places disponibles. « Quand nous arrivons sur place, nous travaillons comme à l’hôpital. Nous intervenons souvent pour des cas de personnes âgées qui se dégradent à leur domicile ou pour des accidents de la route mais aussi sur des accidents de chantiers avec des ouvriers blessés », explique Benoît Chevalier, infirmier SIAMU sur le site Saint-Joseph. « En été, il y a plus d’accidents de moto ou de barbecue. Nous pouvons avoir cinq interventions sur une journée ou bien aucune, c’est aléatoire. En moyenne, nous avons 4 ou 5 sorties par jour. Parfois, nous avons des cas compliqués. Par exemple, nous sommes intervenus pour un ouvrier qui était coincé dans une cuve ou pour un grutier qui faisait un malaise en haut de sa grue. Nous devons agir étape par étape et hiérarchiser l’état du patient. Nous pouvons aussi intervenir en dehors de l’hôpital sur des accouchements. Nous sommes confrontés à des situations et à des émotions très différentes », poursuit-il.

« Les interventions peuvent être difficiles quand on intervient sur des cas graves et que l’on connait les victimes ou que ce sont des enfants qui sont impliqués. Mais nous passons au-dessus de ça. Dans le cas graves, on met en place des automatismes, on ne réfléchit pas, on fait notre boulot », explique Aline Prud’homme également infirmière SIAMU.

Les infirmiers des urgences évoquent également les dangers liés à certaines interventions et la difficulté de gérer les familles des victimes. « On attend beaucoup de nous. Les familles qui sont en panique peuvent être menaçantes envers nous. Certaines interventions sont dangereuses en cas de bagarres ou de blessures par balles. La nuit, ce danger est accentué. La police peut intervenir en renfort dans ces cas-là », explique Aline. Et Benoît de compléter, « nous sommes récemment intervenus au doudou pour un malaise. De nombreux jeunes se sont accrochés à l’ambulance et ont commencé à la secouer. J’ai eu chaud ce jour-là. Nous devons penser à nous mettre en sécurité et nous devons toujours garder notre sang-froid ».

La bonne gestion du matériel est aussi un facteur qui permettra d’intervenir efficacement. « Nous avons différentes valises dans le véhicule en fonction de l’intervention. Il y a une valise pour les adultes et une pour les enfants. Tout le matériel est bien rangé, tout est compartimenté et tout est bien vérifié après chaque intervention. » Les médecins et infirmiers SMUR ont aussi des uniformes bien spécifiques avec leur fonction indiquée au dos et des bandes fluorescentes pour leur assurer une bonne visibilité, surtout la nuit. Les pantalons sont étanches, renforcés au niveau des genoux et le personnel porte des chaussures de sécurité.

Notez que le personnel infirmier SIAMU participe régulièrement à des congrès ou à des formations. « Nous devons maintenir nos connaissances. Quand nous devons réaliser un acte très technique ou spécifique que nous réalisons rarement, nous devons pouvoir gérer. Nous devons assurer, en toutes circonstances. »

Fanny Liénard, infirmière SMUR (site Saint-Joseph), est intervenue lors de la catastrophe de Ghislenghien en juillet 2004

« C’était une situation de guerre. Nous étions dans les premiers à arriver sur les lieux de la catastrophe avec l’hélicoptère Sea King. Les gens hurlaient, il faisait très chaud. Il y avait beaucoup de victimes, les gens avaient littéralement pris feu. Il y avait énormément de brulés. C’était un choc pour nous. A l’arrivée sur place on est restés figés pendant quelques secondes puis l’adrénaline est montée et on a agi. Nous avons transportés des patients vers les hôpitaux. Certains d’entre eux sont décédés à l’hôpital. Nous espérons ne jamais vivre ce genre de catastrophe à nouveau dans notre carrière. »

Pour rappel, une conduite de gaz avait explosé à Ghislenghien (Ath) le 30 juillet 2004. L’explosion a été provoquée par une fuite de gaz naturel causée par un engin de chantier. 24 personnes ont perdu la vie dans la catastrophe, principalement des travailleurs et des pompiers et 132 ont été blessées ou brûlées. Il s’agit de la catastrophe industrielle la plus meurtrière en Belgique depuis celle du Bois du Cazier en 1956.

 Jonhatan Verboekhoven, chauffeur-ambulancier, Croix-Rouge

« Nous devons atteindre rapidement le lieu de l’intervention mais le plus important est d’y arriver entier. Je privilégie la sécurité. Il faut être bien concentré sur la route. Nous avons plusieurs types de sirènes. A notre approche, les autres conducteurs ne savent pas toujours quoi faire et peuvent avoir des réactions imprévues. Parfois, certains écoutent de la musique dans leur voiture et ne nous entendent pas. Il faut toujours anticiper la réaction des gens sur la route. Lors des gardes SMUR, qui durent 12h, je suis responsable du véhicule et du matériel. Sur place, j’assiste le personnel soignant et je prépare le matériel. Je suis une aide pour les médecins et les infirmiers qui peuvent se concentrer sur les actes de soins. »

Anne-Céline Dieu, 33 ans, est infirmière SIAMU au service des urgences de Warquignies depuis 9 années.

Quelles-sont les situations les plus éprouvantes lorsque l’on intervient avec le SMUR ?

Les interventions les plus difficiles sont les cas de réanimation pédiatrique, surtout quand l’issue est dramatique. Nous pouvons intervenir sur des cas d’intoxication ou encore de maltraitance.

Comment prendre du recul par rapport à ces situations exceptionnelles ?

Après ce genre d’intervention, nous en parlons beaucoup au sein de l’équipe. Nous avons également la possibilité de nous tourner vers un service psychologique externe et nous réalisons aussi un débriefing collectif après les missions importantes. Nous utilisons aussi beaucoup d’humour dans notre travail quotidien.

Cela vous arrive-t-il d’intervenir lorsqu’il y a une menace pour la sécurité de l’équipe ?

Si la situation est menaçante, le service 100 nous prévient et nous attendons le feu vert de la police qui nous précède. Par exemple, en cas d’agression au couteau ou de fusillade. Nous intervenons aussi souvent dans des situations d’extrême précarité. En cas d’incendie, nous pouvons être envoyés sur place au cas où il y a des victimes. Nous sommes une équipe très soudée nous sommes attentifs les uns aux autres. Il y a aussi beaucoup de curieux lorsque nous intervenons, certains s’arrêtent, observent, prennent des photos.

Combien de sorties pouvez-vous réaliser en une journée ?

Cela dépend. Nous pouvons sortir 11 fois sur une même journée comme nous pouvons ne sortir que 3 fois. La nature des interventions est aussi très variable. Nous pouvons intervenir pour des réanimations, des malaises, des accidents… Que ce soit directement chez l’habitant, sur la route, sur un chantier ou dans une usine.

Quelles sont vos motivations dans l’exercice de votre métier ?

Nous ne vivons jamais deux journées identiques. Les activités sont très variées. J’ai aussi l’impression de me sentir utile et d’aider la population. Surtout quand l’issue de notre intervention est favorable.

William Ballez est pompier ambulancier et instructeur à l’Institut Provincial de Formation du Hainaut (Jurbise).

Nous conduisons des véhicules d’intervention puissants. Nous avons suivi une formation de conduite sur circuit. Le plus important est d’arriver sur l’intervention, nous sommes responsables de l’équipage. Lorsque l’on conduit, il faut être attentif aux priorités, aux vélos et aux piétons. Certains usagers ne nous entendent pas arriver quand ils ont des oreillettes par exemple. Nous avons un nouveau système de GPS dans lequel l’adresse du lieu d’intervention est automatiquement encodée.

Nous réalisons l’inventaire du véhicule tous les jours. Nous devons également veiller à sa propreté et à son entretien. Il y a un véhicule de réserve en cas de panne. Il est important d’avoir une connaissance parfaite du matériel : sac d’intervention adulte, sac pédiatrique, appareil de massage cardiaque LUCAS, respirateur, matériel d’intubation, matériel pour grands brûlés, kit d’accouchement… Nous avons également du matériel supplémentaire depuis les attentats notamment pour réaliser un garrot ou une amputation en cas d’explosion ou de blessure par balle. Tous les sacs sont scellés après vérification.

Le Docteur Thierry Hanard est médecin pneumologue, urgentiste et intensiviste. Il a endossé la chefferie de plusieurs services d’urgence durant sa carrière.

Le SMUR est une association interhospitalière qui s’appelait SIRIUS et qui a été absorbée par l’asbl CHAMBORD (Coopération Hospitalière de l’Arrondissement de Mons-Borinage). L’hôpital d’Hornu (Epicura) et le site Warquignies se partagent les gardes pour la région du Borinage. Nous avons un service SMUR de grande qualité. Dans plusieurs hôpitaux, l’infirmier ou le médecin conduisent le véhicule. Cela apporte un stress supplémentaire que nous n’avons pas ici avec le chauffeur. Nous pouvons intervenir jusqu’en France. Dans certains cas, nous passons beaucoup de temps sur la route. Au niveau de la nature des interventions, les gros cas de polytraumatismes ont diminué notamment grâce aux avancées en matière de sécurité dans les véhicules. La population du Borinage est vieillissante et polypathologique avec souvent des problèmes cardiologiques ou de diabète. Nous sortons de plus en plus en intervention, parfois pour des cas légers ou pour constater un décès. Cela est dû au manque de médecins généralistes dans notre région.

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